Focus sur le long processus de création variétale

En France, chaque année, une quinzaine de nouvelles variétés de pomme de terre sont inscrites au Catalogue officiel, qui en compte plus de 200. Place aux nouveautés, plus productives et de meilleure qualité gustative. Mais pas seulement, les progrès portent sur de nombreux autres critères. La sélection est un travail de longue haleine

En pommes de terre, comme pour les autres légumes du potager, les jardiniers réclament le « haut de gamme ». Si l’on analyse les chiffres du marché de la distribution, on constate que ce sont bien les variétés dites « de qualité » qui progressent le plus. Les maisons de sélection travaillent pour proposer des produits encore plus performants et qui répondent à la demande des clients.

Chez JB Bernard, pas moins de 100 variétés de pommes de terre sont proposées à la vente. La société conduit ses propres travaux de sélection. Deux variétés ont été inscrites au Catalogue européen : Ulysse, déjà un grand succès, et plus récemment Minette.  D’autres variétés prometteuses sont en cours d’inscription.

Le processus de sélection est long, très long

Pour créer une nouvelle variété de pomme de terre, il faut commencer par chercher « de bons parents ». Les sélectionneurs peuvent retenir des variétés européennes reconnues pour certaines qualités. Mais ils vont parfois plus loin en allant chercher des populations indigènes cultivées dans la cordillère des Andes, le berceau de l’espèce pomme de terre. Une fois les bons parents identifiés, les croisements sont opérés manuellement sur des plantes castrées, pour qu’il y ait bien pollinisation croisée : le pollen du « père », prélevé sur les étamines, est transféré sur le pistil de la « mère ». Après la formation du fruit, les graines qui présentent les caractéristiques combinées des deux parents sont semées sous serres. Puis la pomme de terre reprend sa multiplication végétative, par les tubercules. Suivent alors au minimum 8 années de multiplication dans les champs d’essais, au cours desquelles les variétés potentielles sont testées, sous différents climats et avec différentes conditions de culture, et évaluées, sur la base de multiples caractéristiques.

Le lancement d’une nouvelle variété est un travail de longue haleine. Sur 20 000 candidates, les trois-quarts seront éliminés dès la première année. Sur les 5 000 mises en essais, on n‘en retiendra que 500 en fin de deuxième année, 50 en fin de troisième année… La sélection est sévère. L’une réussira peut-être à percer et elle sera proposée à l’inscription. Il aura fallu attendre au moins 12 ans ! Pour demain, on espère que les progrès en biotechnologies permettront d’avancer plus vite. Les sélectionneurs de JB Bernard utilisent déjà les techniques de culture in vitro et le marquage moléculaire (cartographie des marqueurs ADN, codant certains caractères).

Objectif précocité

Le jardinier est toujours impatient de récolter les pommes de terre qu’il a plantées. A plus forte raison si la date de plantation a été retardée (risque de gelées, printemps pourri…). Les pommes de terre « précoces » ou « hâtives » ont beaucoup de succès.

Elles sont caractérisées par un cycle de production court (70 à 90 jours, selon les conditions climatiques) alors que les « tardives » nécessitent une durée de végétation de plus de 120 jours. Ne pas confondre « précoces » et « primeurs », ces dernières sont récoltées avant maturité. Elles sont reconnaissables à leur peau fragile qui se détache facilement par simple grattage. Ce qui les rend inaptes à la conservation.

Attention à la conservation

Malgré les progrès de la sélection, certaines pommes de terre au cycle court ont l’inconvénient de mal se conserver. Là encore, le choix variétal pourra être déterminant. Si l’on prévoit une consommation tout au long de l’hiver, il faudra préférer les variétés demi-précoces à tardives, qui peuvent être stockées plusieurs mois, sans perdre de leur qualité.

Aux formes et couleurs variées

Les sélectionneurs attachent une grande importance à l’aspect du tubercule et la diversité est une priorité. La forme est variable : rond, oblong court à allongé, cylindrique, claviforme (tubercule se rétrécissant à l’extrémité le rattachant au stolon), réniforme (arqué et pointu aux deux extrémités)… Il est évident que l’amateur de frites n’a pas intérêt à choisir une variété aux tubercules petits et ronds, mais celle-ci sera appréciée par le cuisinier gourmand de pomme de terre « vapeur ». De façon générale, la grande distribution recherche les gros calibres réguliers. Les jardiniers, eux, sont moins exigeants.

Pour la couleur, longtemps, on a manqué de fantaisie. En France, la mode était à la chair jaune clair en France, un peu plus foncée en Allemagne, tandis qu’en Grande Bretagne, on préférait le blanc. Aujourd’hui, les créateurs recherchent l’originalité, à la fois pour la couleur de la peau et la couleur de la chair. C’est dans les variétés anciennes, plus ou moins oubliées, qu’ils ont puisé ces caractères. Le rose ou le rouge sont plébiscités. Et les tubercules bleu violet, comme la variété Ulysse, rencontrent un succès croissant.

Plus qu’une affaire de goût

Rappelons que les variétés de pomme de terre sont classées en fonction de la texture de la chair. Dans le Catalogue officiel, elles sont classées en trois groupes : « chair ferme », « consommation » et « féculières » (réservées à l’industrie). Dans ses observations, le sélectionneur notera la finesse des grains de la chair, la teneur en matière sèche, la teneur en amidon, la tenue à la cuisson, le degré de noircissement après cuisson, et bien entendu la saveur. La qualité gustative de la pomme de terre est un subtil mélange, une alchimie complexe : nous lui consacrons un article entier sur notre blog.

Tolérance à la sécheresse

La succession de plusieurs printemps et étés secs a accentué l’importance de la résistance au stress hydrique dans le choix des variétés. Le jardinier a beau choisir le terrain idéal, l’absence de pluie sera problématique. Toutes les variétés sont sensibles au manque d’eau, mais dans des proportions qui varient du simple au double, en fonction de la précocité et de la masse foliaire.

Résistance aux maladies et ravageurs

Que l’on soit en production conventionnelle ou en bio, les chercheurs se sont toujours efforcés de sélectionner des variétés résistantes. La pomme de terre a beau être une espèce « rustique », elle peut être atteinte par plusieurs parasites redoutables. La maladie la plus fréquente, dans les jardins, est le mildiou, provoquée par le champignon Phytopthora infestans. Pour écarter les risques graves, il est conseillé de choisir les variétés les plus tolérantes, parmi les récentes sélections. La recherche avance également sur le nématode à kystes, la gale commune, le rhizoctone, les virus…

Parallèlement à la sélection, la mise en place de la certification a permis un meilleur contrôle vis-à-vis des organismes nuisibles de la pomme de terre. Chez JB Bernard, tous les plants sont vendus sous la forme certifiée

, avec l’étiquette bleue officielle du SOC (Service officiel de contrôle et de certification). Pour le jardinier, c’est la garantie de la bonne qualité sanitaire, et de la vigueur des plants. Gage d’une culture réussie et d’une récolte abondante !

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